MOOC & Valeurs

Récemment, j’ai discuté avec une personne qui travaille pour un groupement d’employeurs dans le milieu associatif. Leur mission est de mettre en place un système de temps partagé auprès de différentes entreprises, c’est le groupement qui est le seul employeur des salariés. Ce groupement étant dispatché dans toute la France, cette personne m’expliquait qu’ils s’étaient récemment mis à utiliser des outils collaboratifs et de travail à distance comme des visio-conférences ou des tutoriels vidéos pour l’accueil des nouveaux salariés par exemple. Elle était enchantée par les possibilités offertes pour ces outils et elle s’y est intéressée de plus en plus. Elle a découvert les MOOCs et a envisagé de suivre celui proposé par l’école de commerce Audencia sur la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise). Ultra motivée, elle prend note de la charge de travail de 2 à 3 heures par semaine en se disant que c’est tout à fait envisageable. Et puis le fameux jour J arrive et là, c’est la panique totale. Découverte de la plate-forme, visualisation des ressources, échanges sur le forum, espaces collaboratifs, quiz et devoirs à rendre, …. Cette perspective lui semble insurmontable. Elle abandonne. Mais elle me précise qu’elle y reviendra, maintenant qu’elle sait qu’il faut s’y être préparé matériellement et … moralement ! Je m’explique.

 

J’ai vécu exactement la même chose. Comme je l’ai raconté dans un précédent article (« MOOC & événementiel »), j’ai dû faire plusieurs tentatives avant de m’investir pleinement dans un MOOC. Il m’a fallu un temps d’appropriation, d’approche avant de percevoir les contours de cette chose que je comparais à de simples cours en ligne au début. Il y a pourtant bien un certain nombre de valeurs universelles qui sont véhiculées à travers un MOOC. Mais le risque de mettre le pied dans un univers d’individus ultra connectés effraie. Il faut bien reconnaître que l’appropriation des plates-formes nécessite du temps. Je comprends vraiment que cela puisse rebuter. Il apparaît important de proposer un temps d’appropriation, comme la semaine 0 du MOOC « Monter un MOOC de A à Z ». Cela dit, je crois que chacun doit faire sa propre expérience et dois probablement vivre certaines déceptions au départ. On croit qu’on va consommer du MOOC comme on consomme un cours. On croit qu’on va acquérir plein de connaissances en restant assis sur sa chaise et en visionnant quelques vidéos en buvant son café. On ne s’attend pas à en être un acteur à part entière, à être impliquer pour augmenter le potentiel de retombées envisageables. Du coup, on trouve que c’est nul ! Et oui, de nos jours, nous voulons tout, tout de suite non ? Mais c’est là que le MOOC revient à quelque chose de très simple, à savoir des valeurs d’échanges vertueux. Bien sûr, ça ne fonctionne pas toujours. Mais c’est possible et pour cela, ça vaut le coup. Au final donc les MOOCs me semblent avoir cette capacité à solliciter chez chacun de nous plusieurs valeurs fondamentales.

 

D’abord la curiosité. Il faut générer une bonne dose de curiosité pour s’inscrire à un MOOC, découvrir toutes les ressources, aller chercher des compléments d’information, être happé par un autre sujet complémentaire, …. C’est stimulant. Bien sûr, le risque de noyade est élevé, il faut poser quelques garde-fous.

Ensuite, le partage. Pas la peine de rester dans son coin, c’est l’intelligence collective qui prône ! Pour moi, c’est réellement une découverte. Je l’avais déjà expérimenté un peu auparavant dans d’autres formats mais là, c’est très fort. Car ça fonctionne. A l’échelle des travaux de groupes et des devoirs à rendre, il y a des méthodes à dupliquer. Et ce partage ne va pas sans une culture d’ouverture et de transparence. Obéissant aux inputs de ma culture, je redoute plus que tout de me dévoiler et d’être jugée. Partage et transparence ne sont donc pas évidents à mettre en place au début, mais on fait un effort, et après ce n’est plus un effort car ça enrichit. Enfin, jusqu’à ce que les vieux mécanismes reviennent bien sûr … Ces bases qui favorisent le travail collaboratif favorisent également notre polyvalence…. On pourrait aussi parler des compétences développées grâce aux MOOCs mais c’est encore un autre sujet.

 

Pour finir, compte tenu de ces différents obstacles évoqués, la question de l’ouverture à des publics non familiers du web et de l’informatique me paraît être un des enjeux majeurs pour les MOOCs et plus généralement pour l’accès à l’éducation et à l’apprentissage. Cette barrière tant technique que culturelle pourra peut-être être contournée en s’appuyant sur les valeurs et usages du MOOC, qui eux, sont universels. Ouverture, travail collaboratif, échanges d’expériences, implication et responsabilisation sont des facteurs de développement pour tout type d’organisation.

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