Les MOOCs, où comment l’enseignement à distance couplé aux nouvelles technologies permet de repenser la façon d’apprendre

Comme l’ont mentionné les différents articles rédigés sur le blog de Call for team, l’émergence de l’économie collaborative s’explique en partie par la rapidité et la multiplicité des échanges produits grâce à Internet. Ce sursaut massif est également une réaction face aux difficultés financières des individus, notamment depuis la crise de 2008. Si j’écris ce billet ici, c’est parce que j’ai expérimenté plusieurs MOOCs (Massive Open Online Course) en tant qu’apprenant et que, d’un certain point de vue, les MOOCs participent à ce mouvement collaboratif. A minima, ils proposent des formes alternatives d’apprentissage qui méritent de s’y intéresser.

Un MOOC, c’est quoi?

Ces cours en ligne, ouverts à tous (sans prérequis), sans limitation de nombre, et gratuits (hors éventuels services additionnels payants), ont récemment remué le secteur de l’éducation et de la formation. Il s’agit en fait de plateformes Internet où tout un chacun peut accéder à des cours structurés pour un apprentissage en ligne : les cours sont découpés en modules, des exercices sont proposés pour mettre en pratique ce que l’on y apprend, des forums permettent d’échanger entre étudiants/apprenants et, enfin, ils permettent souvent d’obtenir un certificat ou une attestation de réussite de fin de parcours.
La différence fondamentale avec des ressources E-learning, est que les MOOCs sont construits pour favoriser l’interactivité au sein de la communauté d’apprenants (en plus des échanges avec les enseignants et l’équipe pédagogique).
Pourquoi ce phénomène a-t-il déchaîné les passions ? Rappelons d’abord que l’utilisation d’Internet pour diffuser de ressources pédagogiques n’a rien de nouveau. Il existe les Ressources Educatives Libres (REL ou OEL-Open Educational Ressources) avec textes, vidéos, etc. qui sont des ressources en ligne accessibles gratuitement en licence libre ou de libre diffusion, c’est-à-dire qu’elles peuvent être utilisées par des enseignants pour mettre au point leur cours par exemple. Les REL sont donc utilisées par les enseignants ou par des autodidactes en auto-formation. L’exemple le plus emblématique des REL est probablement celui de la Khan Academy dont la version française vient d’être mise en ligne. Fondée en 2006 par Salman Khan avec des cours de mathématiques, l’académie propose aujourd’hui des cours de biologie, d’économie ou d’histoire.
Open Courseware est un cas particulier des REL. Il s’agit de ressources mises en point en présentiel et qui sont simplement diffusées sur Internet. L’un des plus célèbres sites d’OCW est celui du MIT (Massachusetts Institute of Technology), lancé en 2001. Il existe également iTunes U, lancé par Apple, sur lequel on trouve des cours d’universités prestigieuses du monde entier, dont beaucoup d’universités américaines. Les OCW sont de qualité hétérogène et pas interactifs.
Tout comme la formation à distance qui précède l’apparition d’Internet. Ce mode d’apprentissage existe depuis longtemps et propose également des formes d’échange. C’est donc la façon de pratiquer qui évolue avec l’usage des technologies. Tout ce qui était réalisé avant par correspondance est aujourd’hui centralisé sur une plateforme d’enseignement, appelé LMS (Learning Management System), qui permet de gérer du contenu, suivre les activités des apprenants, mettre en place une forme de tutorat. Il faut citer “The Open University”, structure britannique qui continue de former des centaines de milliers de personnes dans le monde depuis les années 70. Ces modèles proposaient déjà une forme d’interactivité mais limitée car il s’agit de cours payants.
Une interprétation possible des MOOCs, comme le propose Matthieu Cisel, est que les MOOCs ont emprunté aux REL et à l’OCW leur côté massif, et à la formation à distance leur côté interactif. Les MOOCs définissent des objectifs et parcours pédagogiques, et ne sont pas seulement une bibliothèque pédagogique.
Les premiers MOOCs sont apparus en 2008 sous l’impulsion de chercheurs canadiens et s’inscrivaient dans une logique connectiviste (très différente des MOOCs actuels). L’apprentissage y est décentralisé et l’instructeur y jouer d’avantage un rôle de facilitateur des interactions qu’un rôle de sachant qui transmet un savoir. L’idée est de se baser presque exclusivement sur les contributions des participants et sur des ressources déjà disponibles sur Internet. Les interactions se déroulent sur les réseaux sociaux, les forums et les blogs personnels des participants.
Mais cette approche reste cantonnée à un groupe restreint d’utilisateurs initiés. La véritable vague commence en 2011 avec l’ouverture des MOOCs de l’université de Standford dont le plus emblématique reste le cours d’Intelligence Artificielle de Sebastian Thrun (le cours attire 160.000 étudiants alors que seulement 10.000 étaient attendus ; plus de 15% vont jusqu’au bout). Ces MOOCs s’inscrivent dans une pédagogie plus traditionnelle. Dans la foulée sont créées les plateformes Coursera et Udacity ainsi qu’un consortium public Edx, fondé par Havard et le MIT. Le phénomène devient rapidement mondial.
En France, le mouvement prend de l’ampleur en 2013 quand le gouvernement décide d’investir sur les MOOCs et lance la plateforme FUN, France Université Numérique. Les médias sont enthousiastes avant de devenir de plus en plus critiques. On parle de raz-de-marée numérique sur l’éducation, puis du rouleau compresseur d’Internet qui allait écraser le vieux modèle de l’enseignement supérieur.

Quels sont les enjeux ?

Pouvons-nous convenir ici qu’il s’agit de démocratiser l’accès aux savoirs? Et donc d’ouvrir au plus grand nombre l’école, l’université, puis la formation tout au long de la vie ?. Et ceci en s’adaptant à notre monde actuel, donc en intégrant les nouvelles technologies au service de l’apprentissage.
La majeure partie des universités ont, quant à elles, souvent opté pour un panel d’actions en faveur du numérique, comme par exemple : opérations structurantes d’infrastructures et de services numériques (dorsale réseau régionale THD, datacenters multi site multi acteurs, solutions de communications interactives, développement de la mobilité, …), opérations structurantes de refonte de l’offre de formation et d’évolution de la pédagogie (formations mixtes ou à distance, MOOCs, démarche qualité, et aussi l’indispensable accompagnement des enseignants, …) ; enfin l’aide à l’insertion professionnelle des étudiants.
Quelque soient les impacts aujourd’hui, les outils numériques auront au moins eu le mérite de créer des communautés d’individus sensibles et mobilisés sur l’amélioration des techniques pédagogiques d’apprentissage.
MOOCs ou pas, la relation apprenant-enseignant change considérablement. Depuis une vingtaine d’années, Internet est une encyclopédie ouverte à tous. L’étudiant, qui accède déjà à une multitude d’informations, ne demande plus au professeur de lui transmettre un savoir « d’en haut » mais de partager, organiser, faire des choix dans la masse des informations à sa disposition. C’est probablement l’enjeu majeur quand on voit que les taux d’abandon des MOOCs sont énormes. Mais l’intérêt est d’avoir su mettre l’accent sur ce point central qui pointe du doigt la corrélation entre la qualité de l’apprentissage et l’investissement de l’apprenant. Et in fine, améliorer la qualité des enseignements.
L’école, l’université, les organismes de formation vont devoir s’adapter aux dynamiques des modèles « open source » insufflés par Internet. Recherche de nouveaux modèles économiques et recherches de nouvelles organisations, l’ouverture et la transparence va permettre de s’enrichir. Nombreux sont ceux qui se sentent menacés dans leur méthodologie de travail et refusent d’évoluer (pour diverses raisons). C’est bien dommage car nous sommes définitivement plus intelligents tous ensembles. Belle utopie ? Il est clair que ces nouveaux modèles peinent à trouver des modèles économique viables et que ces cours en ligne accessibles à tous ne sont pas gratuits, voire très coûuteux. Et l’investissement des enseignants et équipes pédagogiques est immense. Il est donc important d’accompagner ce changement.
L’enjeu est véritablement la mise en place d’un nouveau type de relation entre apprenant et enseignant. Tout comme les relations entre collaborateurs et managers qui ne cessent d’évoluer. On constate d’ailleurs que beaucoup de MOOCs traitent du thème du management. De nouvelles offres de formation modulables et multi-devices devront être de plus en plus proposées par les organismes de formation et les responsables de formation en entreprise.

Accepter de repenser la façon d’apprendre

Le modèle 70/20/10, qui amène à repenser l’apprentissage, n’est pourtant pas nouveau ! Ce modèle, bien connu des professionnels de la formation, et qui évolue depuis les années 60, repose sur le principe suivant : l’essentiel des compétences est acquise par les apprentissages sur le lieu de travail (70% « On the job experience ») ; puis par les apprentissages sociaux (20% « Informal learning ») ; et par les formations structurelles (10% « Formal learning »).
Rien d’étonnant donc dans les nouveaux concepts de classe inversée ou flipped classroom pour les anglo-saxons, qui est un modèle pédagogique où les cours magistraux sont suivis en dehors du cadre de la classe, et où le temps d’enseignement des professeurs est réservé à l’interaction avec les étudiants, comme l’encadrement de projets par exemple. Ce modèle commence à se répandre au sein même des établissements leaders dans le domaine et, fait intéressant, certaines universités adoptent le modèle de la classe inversée en achetant à d’autres leur cours magistraux. En revanche, la classe inversée est difficile à mettre en place du fait des inégalités quant à la connectivité et l’accès à Internet.
Donc, il est évident que seuls, les outils numériques ne peuvent pas tout résoudre. Et ils ne seront efficaces s’ils sont bien utilisés. Mais quand on découvre les résultats de l’étude du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), où la France est pointée du doigt comme le système scolaire le plus inégalitaire, il est difficile de ne pas réagir. Je ne traiterai pas des enseignements à l’école primaire car je n’ai pas l’expérience nécessaire. Et, il me semble que l’utilisation des outils numériques n’est pas la solution à ce stade d’apprentissage. En revanche, l’innovation dans les méthodes pédagogiques apparaissent indispensables comme le précise l’institutrice Céline Alvarez pour qui l’école de demain, si elle veut être plus efficace et plus juste, devra libérer le potentiel cognitif (capacité d’apprentissages) ; le potentiel créatif (capacité d’initiatives) et le potentiel social (comme la générosité ou l’empathie par exemple).
Pour en revenir aux nouvelles formes d’apprentissages liées aux numérique, il me semble donc que la révolution est véritablement liée aux méthodes participatives et collaboratives de travail.
Grâce aux MOOCs que j’ai suivis, j’ai testé le travail en équipe, l’ouverture d’esprit, la remise en question de mes certitudes, une grande implication, de riches échanges d’expériences, …. Globalement, un réel investissement pour lequel j’ai reçu la satisfaction d’un travail bien fait. Pourtant, ceci n’a pas été simple et la mobilisation pour suivre un MOOC est lourde (cf. mon article sur le sujet « MOOC & événementiel »). Et donc le décrochage est facile. C’est l’une des critiques majeures du fait des faibles taux de complétion observés dans les MOOC (en général entre 5 à 10% des inscrits au départ suivent le cours jusqu’au bout).

Le futur du MooC

Est-ce donc étonnant que Coursera, la célèbre plateforme américaine, lance, fin septembre, un MOOC « What future for education? » avec l’University of London ?
Que cela soit pour l’université ou la formation continue, il apparaît aujourd’hui évident que de nouvelles méthodes de travail seront proposées pour utiliser les atouts du présentiel et du online. C’est l’heure de l’hybridation, de la modularisation, de la scénarisation où chacun est de plus en plus acteur de son parcours pédagogique.
Nous pouvons espérer que cela sera facilité par le compte personnel de formation (CPF), voté en mars dernier dans le cadre de la réforme sur le formation, et qui vient remplacer le DIF. Afin de favoriser son accès à la formation professionnelle, chaque personne bénéficiera, dès son entrée sur le marché du travail et jusqu’à la retraite, et indépendamment de son statut (salariés ou chômeurs), d’un CPF qui contribuera  » à l’acquisition d’un premier niveau de qualification ou au développement de ses compétences et de ses qualifications en lui permettant à son initiative de bénéficier de formation ».
Pour finir, je dirais que ce qui me plait particulièrement dans ce mouvement, c’est qu’il devient de plus en plus difficile d’avoir un seul point de vue. Nous sommes régulièrement bousculés dans nos positions parce que nous endossons alternativement des rôles différents : apprenants, enseignants, parents, collaborateurs, … Difficile d’imaginer la suite sans prendre en compte l’avis de ses pairs.
Mais au fond, le rôle de l’enseignant ne change pas. N’a-t-il pas toujours eu pour fonction d’aiguiser le sens critique de ses élèves et les rendre autonome et capable d’évoluer dans leur environnement ?

[Article rédigé pour Call for team, collectif dédié à l’innovation et au collaboratif, octobre 2014]