Impact des MOOCs sur les métiers d’enseignant et de formateur #Débat

Je propose ici une synthèse des contributions au débat de la deuxième semaine du MOOC « Monter un MOOC de A à Z ». La question était la suivante « Si leur essor se poursuit, les MOOC impacteront-t-ils le métier des formateurs et des enseignants du supérieur ? Et si oui, comment ? »

La restitution réalisée est directement extraite des commentaires des participants. J’ai essayé d’être la plus fidèle aux différents propos, sachant que le résultat est forcément induit par ma propre interprétation.

Cela dit, il est évident que les MOOCs réinterrogent notre manière d’enseigner et nombreux contributeurs y voient un formidable levier pour modifier certains comportements.

Quelques-uns expriment l’idée que seuls les outils changent, et non le métier. Ici, les MOOCs sont un moyen comme un autre de transmettre savoirs et compétences. D’autres y voient un dispositif complémentaire aux méthodes d’enseignement habituellement utilisées. L’enseignant est toujours présent et son rôle évolue ; il devient facilitateur, médiateur et arbitre.

Il faut noter que les contributeurs ont été plus nombreux à évoquer le monde de l’enseignement que celui de la formation professionnelle. Cela est-il représentatif de la provenance des participants au MOOCAZ ? Le milieu de l’enseignement est-il aujourd’hui davantage impacté par les MOOC alors que celui de la formation professionnelle n’est pas encore véritablement mobilisé sur le sujet ?

Quoiqu’il en soit, il semble désormais acté que les MOOCs, comme les NTIC, ont un impact sur le métier d’enseignant et de formateur. Et les idées, très riches, font émerger des sujets de fond.

Cette évolution des outils nécessite de nouvelles compétences techniques et pédagogiques que les enseignants et formateurs devront acquérir. Notamment pour proposer des activités en ligne, suivre et animer une communauté. Egalement pour combler des lacunes, déjà existantes (constats partagés par plusieurs contributeurs), en matière de pédagogie, notamment du côté des enseignants-chercheurs et des formateurs. Enfin, pour proposer, à travers la formation en ligne, une véritable expérience de partage et d’interaction, entre professeurs et étudiants, comme sait le faire l’école ou l’université, qui sont de puissants lieux de socialisation. Le principe de la classe inversée est évoqué comme un changement dans les approches d’apprentissage.

Plusieurs contributeurs évoquent à juste titre que les MOOCs introduisent la médiatisation des contenus de cours et obligent le formateur ou l’enseignant à penser ses enseignements en ce sens. Si ceci est vrai pour le moment pour une poignée d’individus, il apparait en revanche essentiel que tous s’interrogent sur l’étendue de la diffusion des cours créés : mise à disposition sur un partage commun à l’établissement ? entre différents établissements ? en accès libre à tous sur le web ? La culture web bouscule considérablement la mise à disposition et l’accès aux ressources. Certains contributeurs pensent que cela incitera les enseignants à améliorer la structure pédagogique de leurs cours s’ils désirent les rendre accessibles.

Cette diffusion massive de contenus amène également les étudiants à être contributeurs, soit en produisant leurs propres contenus, soit en compilant des sources complémentaires de référence à celles proposées par l’enseignant, qui n’est plus le seul détenteur du savoir. Une nouvelle forme de relation enseignant-étudiant émerge ; le rôle de l’enseignant est en mutation. Il doit s’adapter aux usages actuels du numérique et aux évolutions de méthodes de transmission de savoir, c’est-à-dire orienter son intervention vers un rôle de guide, d’accompagnateur vers le concept de « Apprendre à apprendre » qui est un pas vers l’autonomie des apprenants.

La question des rythmes d’apprentissage est également posée par les MOOCs. Plus généralement, les nouvelles technologies induisent plus de diversité et d’écarts dans les modalités d’apprentissage envisageables par chaque individu.

Côté Entreprises, car il faut aussi parler de la formation professionnelle, le format préconisé est celui des SPOC (Small Private Online Course) et il pourrait permettre d’optimiser la capitalisation des acquis et tendre vers une nouvelle gestion des connaissances (knowledge management). L’impact est ici organisationnel et culturel dans le sens où ce système engendrera un nouveau type de relations entre individus ainsi qu’une nouvelle manière de travailler et collaborer. Ce point est important car il n’est pas encore suffisamment admis de faire confiance aux collaborateurs, notamment dans la gestion de leur temps. Cette évolution soulève le sujet particulièrement sensible de l’apprentissage hors temps de travail, car il s’inscrit dans une mutation plus globale des sphères privée et professionnelle, inexorablement modifiée par l’utilisation de diverses formes de terminaux d’accès : tablette, portable, iPhone et… demain ?

 

Une personne mentionne que cela fait déjà plus de 10 ans que l’on attend des évolutions sur l’enseignement supérieur avec l’avènement du e-learning et des plateformes de formation à distance  et précise qu’on observe quasiment aucun changement aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que les NTIC seraient considérées comme un tabou par les enseignants. J’ai également vécu cela dans le secteur privé (eh oui !). C’est un véritable enjeu. Il existe une véritable crainte à aller vers les NTIC. Et je comprends ! Car je tremble quand je constate à quelle vitesse vont les choses.

Pourtant, je continue de penser que nous vivons un changement considérable et qu’il vaut mieux être capable d’appréhender un minimum le sujet pour essayer de prendre de bonnes décisions demain. C’est ce qu’a précisément mentionné un participant, à savoir que justement le phénomène MOOC peut amener les enseignants et formateurs à l’usage des TICE.

Donc, peut-être que ce n’est pas réellement le métier, dans son contenu, qui sera impacté mais la culture des enseignants et formateurs qui se verra de plus en plus véhiculer les valeurs du web 2.0 (collaboratif, contributif et apprentissage avec les pairs). En cela, l’outil n’est qu’un moyen pour faire évoluer la relation enseignant-étudiant / formateur-salarié.

Au fond, la finalité de la transmission ne reste-t-elle pas la même ? Donner les moyens aux apprenants d’acquérir leur propre autonomie. Et une fois cette autonomie acquise, le professeur, l’enseignant, le formateur n’a plus raison d’être. Mais n’est-ce pas là sa plus grande réussite ? Devenir secondaire. Vaste sujet…

 

Dans tous les cas, une majorité de contributeurs estime que l’enjeu principal réside dans la nécessaire formation des enseignants et formateurs à l’usage des NTIC (animer une communauté en ligne, former aux nouveaux usages, utiliser les outils collaboratifs, …).

Et une fois ce débat posé, reste la question : « le modèle universitaire des MOOC est-il transposable dans le secondaire » ?

 

En synthèse, voici les nouvelles compétences à acquérir :

  • Utiliser les NTIC (et cesser de les voir comme une menace effrayante, même si, potentiellement, cela peut être en effet le cas mais tout ceci est aussi de notre responsabilité).
  • Pratiquer la scénarisation de cours, diffusables en ligne, voire distribués massivement.

Ce qui permettrait de faire évoluer le rôle de l’enseignant / formateur afin de :

  • Instaurer une nouvelle relation avec les apprenants et proposer des nouvelles modalités de suivi et d’accompagnement, notamment pour rendre efficace le travail des étudiants en classe comme à la maison.
  • Orienter l’apprentissage vers une méthodologie d’échange de pratiques, permettant notamment à l’enseignant de vérifier la véracité et l’exactitude des sources identifiées par les étudiants (point crucial).

S’il est acquis que les métiers doivent évoluer, reste à savoir comment accompagner ce mouvement.

D’autant que, comme le montre une étude de NETendances 2014 du CEFRIO, Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (Québec), la présence d’un ou de plusieurs enfants dans le foyer influence l’équipement informatique. L’analyse de Mario Asselin précise que les usages d’internet méritent d’être encadrés pour qu’ils deviennent des occasions d’apprendre.

Commençons donc par expérimenter … pour se former.

Tendances dans les projets de MOOCs

Le premier MOOC français pour apprendre à monter un MOOC « Monter un MOOC de A à Z » (#MOOCAZ), proposé par Matthieu Cisel et l’ENS Cachan, mérite une analyse des projets proposés par les participants afin d’extraire quelques tendances actuelles sur les MOOCs.

D’abord, les publics qui ont suivi ce MOOC viennent d’horizons variés. Si le secteur de l’enseignement est bien représenté, il n’en reste pas moins que des professionnels du secteur privé s’intéressent activement au phénomène MOOC. Il faut également noter la diversité des profils, et, au vu des parcours de certains, on relève une importante mixité d’âge. Ceci est encourageant car, même si la participation à ce MOOC a forcément été prise en main par des publics initiés ou ouverts aux innovations technologiques, elle permet de montrer que les MOOCs sont capables de s’adresser à un public varié, toutes générations confondues. Il existe donc un véritable potentiel collaboratif, transférable dans divers formats d’organisation.

La transmission de savoirs et compétences

Sans surprise et de manière logique, le MOOC est a pour principal objet, dans les projets déposés par les participants, la transmission et le partage de connaissances et de compétences. Il peut s’agir de compétences nécessaires à la réalisation d’une activité professionnelle, par exemple l’initiation au contrôle de gestion, la réalisation d’un business plan et son évaluation, la compréhension d’un environnement économique international. Nombreux projets concernent l’apprentissage scolaire et universitaire, comme les mathématiques, la biochimie ou la biodiversité, ou encore le français. Dans ce cas, il s’agit plus souvent de domaines scientifique et technique. Certains sujets traitent également de l’art ou de l’artisanat, comme l’apprentissage de la photographie ou la culture des métiers du verre. Enfin, deux projets étaient consacrés au domaine du sport, comme apprendre la voile (la technique du dériveur, les types d’embarcation, l’équipage, les nœuds et les manœuvres, …). A noter, un seul projet proposé dans le domaine législatif, une matière complexe et évolutive qui pourrait justifier un renouvellement des supports et méthodes pédagogiques.

Le management, les RH et le digital

Ces domaines d’expertise sont surreprésentés. Coté management, nous trouvons de projets qui traitent du comportement organisationnel ou du leadership éthique. Pour les ressources humaines, le rôle du DHR, les process dans l’organisation ou encore la mise en place de politique d’égalité de traitement femmes-hommes font partis des nombreux sujets imaginés par les participants. Le développement des compétences à travers le développement personnel est également abordé dans plusieurs projets. Il faut également relever plusieurs MOOCs pour former des formateurs. Comme si demain, transmettre son expertise était une évidence. Côté digital, monter un site Internet avec Joomla, créer une chaîne sur YouTube, apprendre à blogguer ou maîtriser un logiciel libre de calcul numérique sont autant de projets qui montrent l’importance accordée à l’utilisation des outils digitaux dans un but professionnel. On constate donc, à travers ces sujets riches et variés, qu’il existe un potentiel d’offre de contenus et de formateurs, qui peuvent venir compléter ou renforcer l’offre de formation professionnelle existante, mais également s’adapter à des contextes plus spécifiques.

Création de communauté

En effet, nombreux sujets proviennent d’une problématique liée à un contexte de travail particulier. Les MOOC permettent de créer une communauté d’apprenants actifs sur un sujet donné. Cela s’envisage à l’échelle d’une communauté très large (par exemple, le public du MOOCAZ était les personnes francophones, connectées à Internet), mais cela peut être proposé au sein des salariés d’une entreprise, ou d’un groupement d’acteurs travaillant dans le même secteur. Par exemple, un projet propose d’apprendre les bonnes pratiques à toute personne ou organisation qui accueille un public touristique ; un autre groupe envisage d’élaborer un projet personnalisé pour le travail social à destination des éducateurs, assistants sociaux, moniteurs, aide médico-psychologique… ; un autre projet traite de la précarité et de la santé ; un autre propose de créer un MOOC qui ferait office de médiateur entre le public et un événement culturel comme une exposition. Tous ces projets ont en commun de regrouper une communauté apprenante d’acteurs impliqués sur un sujet donné. Ces communautés peuvent être intra ou inter-entreprises, et répondre d’autres objectifs que l’acquisition de compétences.

Enfin, plusieurs projets de création de MOOC portaient sur le thème du développement durable. Par exemple, sur la gestion des ressources naturelles, le green business, la rénovation de l’habitat. Il s’agit de sujets que les entreprises, les collectivités et les particuliers devront connaître et pratiquer de plus en plus à l’avenir. La création de MOOCs sur ce thème apparaît comme un excellent levier de développement.

Zoom sur l’enseignement

Ce secteur est directement impacté par les MOOCs et l’utilisation des outils numériques au service de l’apprentissage. De nombreux projets ont été formulés : des outils pour les enseignants, pour les parents, et aussi pour les élèves et les étudiants. Chaque acteur cherche à tester et évoluer vers de nouvelles pratiques pédagogiques dont l’utilisation des nouvelles technologies doit encore être légitimée. Un autre thème fort a émergé à propos de la préparation d’examens. Au-delà des ressources pédagogiques innovantes qui viennent compléter une offre souvent existante, il me semble que l’intérêt de travailler ces sujets est encore la constitution d’une communauté, prête à échanger et contribuer dans le but de s’enrichir individuellement et collectivement.